Après tout, s'il me plaît de mentir, à moi…


J'ai remis le livre bleu à sa place sur le bureau de la normalienne.

Mes appréciations manquent peut-être de mesure. J'avais trouvé l'école trop parfaite, pour commencer, je réagis à l'excès ; c'est un défaut très féminin d'aller d'une exagération à l'autre.

Comment moraliser en gros autrement qu'avec des histoires du genre critiqué ci-dessus? Or on ne peut pas faire du détail. Et tout de même, ces histoires prêchent la douceur, la bonté ; elles ont déjà le mérite considérable d'appeler l'attention vers un idéal.

Admettons. Mais, nous atteignons le mois d'avril, la grande année s'avance et je ne vois toujours pas resplendir heureusement le dénouement de mon drame.

Avec le système de jeter de la poudre aux yeux, de s'attacher à l'extérieur, de niveler surtout, l'école diminue les enfants ; autant de simulacres imposés, autant de personnalité retirée. Et il ne faut pas oublier que nous avons affaire à une race débilitée et que, parmi les causes de la misère, se place en premier lieu le défaut de volonté profonde, réfléchie. Que deviendront les enfants-marionnettes, sortant de l'école, l'énergie changée en politesse hypocrite, la décision subordonnée uniquement au souci du trompe-l'œil?

La loi de l'obéissance à l'école même vient encore aggraver les regrettables leçons de résignation et de croupissement.

— Adam, fais ça…

— Mademoiselle, je…