Cet hiver, parfois, les tout petits ressemblaient à des animaux, chats, chiens, hors de la maison, qui désirent rentrer ; pelotonnés dans leurs loques, ils fixaient obstinément les fenêtres, la porte du préau où il faisait chaud, comme si la force de leurs grelottements devait faire ouvrir.

— Pas moyen de vous réchauffer, mes chéris, nous attendons le délégué cantonal…


A moi-même, l'école inculque des qualités comme à tout le monde : j'ai acquis une tendance expresse au mensonge!

Il n'est pas vrai qu'on laisse les enfants dehors « pour le délégué cantonal ». C'est la visite de l'inspecteur primaire, de l'adjoint au maire, ou des dames patronnesses qui leur vaut cette mise à l'air.

Le délégué cantonal a même protesté contre cette incohérence « de soigner le ménage du préau pour ne pas s'en servir ». Parbleu! il a protesté pour ce motif que les femmes de service bénéficient seules du non-usage du préau.

Je mens encore.

Mme Paulin, devenue singulièrement sans-gêne avec l'autorité, s'est écriée d'un non rude :

— On voit bien que monsieur de délégué n'est pas chargé de nettoyer la boue des parquets.

Et M. Libois s'est tu « comme un petit garçon ». Avez-vous remarqué? m'a dit Mme Paulin.