J'ai été obligée de lui déclarer sèchement que ces questions personnelles m'étaient désagréables. On peut plaisanter une fois et n'être pas disposée à continuer indéfiniment.

Nous déjeunions.

— Bien, a répondu de bonne grâce Mme Paulin, on ne parlera plus que du service.

Elle est allée hier porter une lettre chez M. Libois — affaire de service — je n'ai rien à dire? déclara-t-elle. « Le délégué n'est pas le monsieur qu'on pourrait croire : très simple et très délicat, il n'est pas riche ; il a de quoi vivre en s'occupant de publications ; il se spécialise dans les études sur la protection de l'enfance, car il a beaucoup de cœur et — le plus étonnant — il est extrêmement timide. »

Mme Paulin ne mangeait guère, elle épluchait sa nourriture, elle s'adressait à son assiette plutôt qu'à moi. Un serrement d'estomac auquel je suis sujette depuis quelques semaines me laisse peu d'appétit et m'obligeait aussi à chipoter dans mon assiette.

« Et Mme Paulin a pleuré la dernière fois qu'elle a vu M. Libois chez lui, parce que cet homme-là est vraiment bon… parce que vraiment il faudrait être barbare… »

J'ai prié Madame Paulin de m'excuser : l'heure était sonnée, mon service ne me permettait pas de rester dans la cantine.


Après les seules dispositions énergiques des enfants, n'oublions pas celles des parents. Il ne se passe pas de jours que des algarades fâcheuses n'éclatent devant la barrière du préau : invectives et menaces lancées à pleine voix, contre les maîtresses, contre moi, contre « cette sale administration ».

Hier. La mère Tricot vient chercher son garçon ; la voici derrière la balustrade, elle porte un paquet de linge mouillé sur l'épaule droite et un seau avec battoir, eau de javelle, etc., dans la main droite ; elle conduit de la main gauche une fillette toute petite, et, bien entendu, elle est enceinte.