Rien que des choses touchantes.
Louise Guittard manquait à l'appel depuis trois semaines, j'avais entendu parler d'un coup de pied trop sévère lancé par son pseudo-père. A quatre heures, — le rang conduit au coin de la rue, — j'ai appris qu'elle avait la jambe cassée : une chûte dans l'escalier, — dit-on, sans insister, — il a fallu la placer à l'hôpital.
Sa mère s'était arrêtée devant la porte de l'école, après avoir communiqué des nouvelles à la directrice. Tout un groupe de femmes bavardait avec elle.
Et voilà que j'entends, au passage, une voix émue, heureuse :
— Pauv' gosse! d'avoir la jambe cassée, elle n'a jamais été à pareille fête!
Je suis demeurée ébahie devant l'air émerveillé, attendri de toutes les ménagères, y compris la principale intéressée. Du reste, celle-ci m'a saisie par le bras et m'a fourni des explications avec complaisance et fierté, pour m'éblouir en même temps que les autres commères :
— Figurez-vous que Louise a un lit! un vrai lit! du linge blanc! des repas réguliers… Madame la directrice l'a visitée et lui a apporté une poupée.
C'est une joie qui emplit les cœurs et gagne tout le trottoir ; le rassemblement augmente : décidément, d'avoir la jambe cassée, elle n'a jamais été à pareille fête! Pauv' gosse, quel bonheur pour elle! Les yeux en sont humides.
Une pointe d'envie se discerne dans l'enchantement de certaines mamans et des regards se promènent sur des moutards, comme si l'on cherchait ce qu'on pourrait bien leur démolir.
J'ai béni le sort, comme les autres bonnes femmes. Et je voudrais bien rester toujours ainsi approbatrice : le corps mou, le cerveau mou.