Quand la gaieté s'y met, elle peut atteindre au formidable. Un souvenir du matin m'est revenu, comme j'allais me coucher. Assise au bord de mon lit, je me suis abattue, la tête dans l'oreiller et j'ai ri silencieusement, j'ai ri à mourir. (Vous sentez toute votre substance qui fond, s'écroule et s'en va ; un évanouissement terminerait ce flux incoercible si vous ne vous leviez pour suivre les murs à tâtons…)

La mère de Louise Clairon a demandé la cantine gratuite pour son enfant.

On a envoyé à la directrice les rapports et certificats nécessaires en l'occurrence. J'ai pu jeter un coup d'œil dessus.

Il y a un rapport du commissaire de police : trois lignes, pas plus, c'est laconique et grand.

Si quelqu'un y résiste, c'est que — selon toute probabilité — mon hilarité avait une source maladive. Mais, peut-être aussi, manque-t-il ce fait d'avoir vu l'air de dénûment affamé de Louis Clairon, ce matin même : un enfant qui n'a pas eu sa soupe et qui arrive blême, verdâtre…

Trois lignes, puis un point, c'est tout : « La nommée femme Clairon a vécu pendant plusieurs années avec un individu qui l'a abandonnée, n'a laissé que deux manches de parapluies. »

VIII

Toute la semaine, j'ai gardé un rire nerveux, effrayant, un rire « de Saint-Guy ».

Enfin, dimanche, la mesure a débordé : Mme Paulin m'a fait une seconde visite, en grand apparat : nu-tête, mais des mitaines noires, une chaîne de cou dorée, l'air d'une charbonnière glorieuse.