Hélas! je ne soupçonne aucunement le conseil utile et — d'autre part — une invincible pudeur m'empêche de parler même vaguement du mystère générateur… ma nervosité se révolte et aussi un mal secret existe en moi… non, non, je ne peux pas sortir les mots… J'éprouve déjà bien trop de souffrance à les entendre!
Le soir, je ne fais plus la conversation avec les trois ou quatre bambins retardataires ; je m'assieds en face d'eux, au milieu du préau, sous l'appareil à gaz et je songe, ayant l'air de compter indéfiniment, là-bas, dans l'ombre, des cordes qui pendent. C'est désolant : je rêvasse, oubliant même les enfants autour de moi, je songe dans le lointain… je songe que je suis bien malheureuse…
Irma Guépin s'est levée sans bruit, elle a redressé des cheveux, près de mon oreille, elle a arrangé une coque de ma cravate, absolument comme elle aurait accommodé sa poupée à son idée, avec des mouvements de tête sérieuse penchée à droite, penchée à gauche ; elle a ramassé ma main gauche et l'a mise sur mon genou, pareille à la droite. Je renonçais au moindre automatisme. Satisfaite de ma pose, elle a passé derrière le banc et a piqué sur ma joue, de côté, un baiser « de petite maman », réservé aux têtes de poupée, puis elle est retournée s'asseoir auprès de Tricot.
— C'est ta mère qui viendra te chercher? a-t-elle demandé.
— Je ne sais pas, maman pleure.
— Pourquoi qu'elle pleure?
— Parce que papa l'a battue… (avec fierté) tu sais, il est fort papa, quand il cogne, ça rebondit!
— Pourquoi qu'il l'a battue?
— Parce qu'il trouve que le peintre vient trop souvent à la maison.