Silence. Méditation profonde de part et d'autre.
— C'est peut-être ta sœur qui viendra ; dans quelle classe qu'elle est?
— Dans la classe du certificat d'études. (Un geste péremptoire, une voix d'absolue certitude :) si Maurice est là pour lui faire la cour elle ne viendra pas, elle se fiche pas mal de moi dans ces moments-là. Veux-tu qu'on joue à se faire la cour?
— Comment qu'on fait?
— …………………
— Ah bin, non, t'as les mains trop noires…
Silence. Dans la vaste paix du préau, un petit rachitique dort, recroquevillé, en équilibre sur le banc, avec une sorte d'habitude : tel un pochard au coin d'une borne.
Je ramène mon attention vers les enfants, mais alors mon esprit s'obstine à des questions insolubles qui, sainement, devraient lui être étrangères : un médecin officiel pourrait propager la belle honnêteté de ne pas procréer « quand le mari est plein d'absinthe ».
Juin. — Voilà plus de huit soirs consécutifs que je reste assise dans ma chambre, après dîner, sans me décider à prendre la plume. Le peu d'amélioration produite à la fin de l'année scolaire me décourage. Et puis, je voudrais savoir des choses… et j'ai peur… Un trouble général persiste en moi : un mélange de dévouement et de « la maladie d'un être anormal ». Je voudrais sauver les misérables des crimes de l'amour… Et moi, de quoi est-ce que je souffre?…