Les mamans des élèves sont plus rapprochées de moi que ces « dames ». Je crois même que plusieurs m'accordent une familiarité d'égalité, comme font les bourgeois aux domestiques de grande maison dont ils attendent un service.

Passé quatre heures, quand a lieu la sortie surveillée des élèves rentrant seuls, on trouve toujours sur le trottoir, devant la porte, un groupe de femmes en cheveux, en tablier, camisole et fichu de laine, un panier ou un nourrisson au bras, jeunes mais fanées, qui regardent sortir le rang, apathiques et bavardes. Une à une, elles vont appeler leur enfant resté dans le préau, ensuite elles se rejoignent à quelques pas de l'école et recommencent leur conversation, flanquées de leurs gamins qui se houspillent.

Quelques-unes me font signe : « bonjour », au passage du rang, puis me demandent : « Envoyez-moi ma bonne pièce! »

Mais chez la plupart se révèle un sentiment double : entre elles et moi, il existe la séparation compliquée de la domesticité et de la force. D'une part, je suis payée pour leur préparer et leur servir leur enfant et, à cet égard, je mérite un certain mépris malveillant ; d'autre part, j'appartiens à l'administration à laquelle se doit quelque déférence intéressée.

Le jour de mon début, une mère à qui je délivrais sa fillette l'arrêta contre la balustrade :

— Fais voir si tu as ton mouchoir? Ah, bon! le voilà… C'est que je ne veux pas vous en laisser un tous les jours, dit-elle, en me toisant de coin et en secouant la tête pour ajouter implicitement : Je sais que vous empochez les mouchoirs qui traînent, mais, moi, on ne me roule pas.


Madame Paulin, énergique et protectrice, me « remonte » de temps en temps.

— Il faut être d'accord avec les parents des gosses, mais il ne faut pas avoir peur de leur parler.