Mais la nécessité poussait son aiguillon insupportable. Il fut décidé que j'essaierais tout de même de dissimuler mes fâcheux antécédents ; je protesterais contre le soupçon d'une capacité supérieure à lire et écrire.
Ce fut fait bravement, ma foi, avec même une pointe d'espièglerie, au début, car je suis d'un tempérament assez enjoué.
Je hantai les bureaux, comme il convenait, pendant que mon oncle, de son côté, mobilisait ses relations les plus galonnées.
Ah! cette tare de l'instruction! Je ne sais quoi me trahissait ; les employés me toisaient, mal disposés :
— Femme de service?… Il faut des aptitudes.
J'avais beau torturer ma pauvre tête pour trouver le mot trivial, pour forger la tournure de phrase incorrecte, j'avais beau m'appliquer à faire des cuirs ; ces messieurs se méfiaient ; une prévention hostile se devinait sous leur politesse étriquée.
— Les emplois de femme de service sont des emplois modestes, qui ne permettent aucune ambition, mais qui exigent des qualités pratiques sérieuses. On les destine de préférence à des personnes de condition ordinaire, sans prétentions.
C'est qu'il s'agit de ne pas dépasser le niveau, quand on brigue un emploi!
On n'obtient rien sans effort. Je travaillai. Je lus des feuilletons populaires, je me bourrai des œuvres les plus dénuées de style. Je fus assidue jusqu'à l'anémie.
Ah! j'en ai attrapé des maux de tête, des vertiges, à désapprendre!