Il empêcha la réplique.
— Non ! Examine le fond des actes : la cause et l’objet… Je te répète : c’est pour moi, pour que je sois dans un cadre plus avantageux, que tu veux mettre la maison sens dessous… Eh bien, je te remercie… laisse-moi juge de la quantité d’époussetage qui m’agrée.
Marthe, non moins excédée, protesta :
— Voyons, Ferdinand, c’est insensé ce que tu dis là ! S’il venait une visite : on peut tracer des raies sur le marbre, sur le piano, sur la table.
— Ah ! voilà encore : l’astiquage à outrance est une concession à la bêtise des gens. Quel désastre si quelqu’un allait remarquer de la poussière ici ! Cet illogisme me renverse : car, enfin, si tu me préfères aux voisins, aux connaissances, tiens compte de mon désir, plutôt que de leur critique possible. Tu sacrifierais ta vie pour moi et tu m’exaspéreras plutôt que de consentir à une malfaçon du ménage !
— Je te dis que la poussière détériore les choses et nuit à l’hygiène.
Ferdinand haussa les épaules et resta un instant à se dépiter silencieusement, prenant le Dickens à témoin : « C’est terrible cette femme qui ne veut pas admettre que la poussière précisément, c’est de la poussière ; ça peut attendre, tandis que l’éclosion intellectuelle ne se retarde pas à volonté. »
Une pudeur invincible et aussi l’amour-propre et l’incertitude l’empêchaient de défendre carrément, à haute voix, son travail littéraire. Et pourtant, dans un pareil moment où sa femme obéissait toute au sens économique, il aurait fallu quelque affirmation de ce genre : « Ce que j’écris a une valeur, me déranger constitue une perte. » Mais non ; Ferdinand reculait devant cette prévision mortelle qu’on pouvait lui rire au nez, en demandant combien sa plume avait déjà rapporté. Et l’incompréhension mutuelle subsistait : sa femme parlait « vie matérielle », lui sous-entendait « art ».
Marthe se détourna et, sans quitter le salon, gourmanda Georges et Albert, en révolution dans leur chambre :
— Continuez à vous battre ! J’arrive vous aider ! Est-il permis d’avoir des enfants pareils !