A cause de son état d’agacement, sa voix atteignait un diapason exagéré. Alors, Ferdinand saisit l’occasion injustement :
— Voilà ! tu te donnes un mal de chien après ton appartement et tu me contraries, pour établir aux yeux des étrangers que nous sommes d’un rang supérieur, car, au fond, c’est ça ! Et, d’autre part, tu vocifères à effrayer les locataires du haut en bas ! tes chamaillages avec tes enfants nous ravalent au niveau du dernier ménage de journaliers.
Les époux furent réellement fâchés, le front durci, la bouche crispée.
Ferdinand s’en alla rincer des bouteilles à la cave. Ils eurent une façon de souffrir irritée, avec cette pensée :
« Tant pis ! le roman ne se fera pas ! au diable la littérature ! »
A midi, le déjeuner se passa sans conversation directe. Visages calmes, exagérément naturels et bonasses, signifiant pour chacun : « Moi ? je n’ai aucun ressentiment ; je répondrai quand on me parlera. »
Comme par hasard, on trouva de continuelles observations à adresser aux enfants :
— Voyons, Albert, ne mets pas ta manche dans ton assiette.
— Georges, ta mère t’a déjà dit de ne pas balancer ta chaise.