— Oui, tu te rappelles cette belle culbute, l’autre jour, chez ta grand’mère.

Après le repas, les tasses et la cafetière étant encore sur la table, arriva Catherine Bise. Elle portait un chapeau canotier en feutre noir, des gants de coton, une pèlerine. Mince, les mains et les pieds très petits, elle ressemblait à une de ces pensionnaires d’orphelinat noble, dont les traits de race éveillent la sympathie à première vue.

Elle avait deux heures de permission seulement. Alors, dit-elle naïvement, ne pouvant aller voir son petit, elle venait faire visite, pour parler de lui.

— Vous prendrez un peu de café.

— Non, monsieur, merci.

Ferdinand versa quand même.

Les garçons regardaient Catherine d’un air amusé : « Hein ! quand leur père avait dit quelque chose, ça ne servait à rien de refuser. »

Cependant, eux, ils s’obstinèrent à ne pas filer dans leur chambre. Le cas était différent : l’ordre avait été donné mollement, et puis, eux, ils étaient comme un fragment de leur père : on ne s’obéit pas toujours à soi-même.

La conversation les intéressait extrêmement. Catherine recélait une quantité d’inconnu, quoique, pour eux, elle fût de la famille. Lors de sa première apparition, ils étaient seuls à la maison. Jamais on n’avait rien dit qui pût attirer leur attention, ils étaient censés ignorer l’existence de Catherine. Albert, ayant ouvert la porte, déclara, tranquillement : « Vous êtes Catherine Bise. Maman est descendue, elle va remonter. » Il s’approcha, se haussa, exigea l’embrassade habituelle avec les intimes. Georges en fit autant, le plus nécessairement du monde.

Autre chose encore leur plaisait énormément : leurs yeux bleus, leurs yeux sans vergogne faisaient céder drôlement les yeux timides de Catherine Bise ; cette retraite immédiate leur rappelait des révérences gracieuses qu’ils avaient vu faire quelquefois.