Après le départ de Catherine, sans explication, la vie reprit chez les Prestal, arrangée au mieux, comme s’il n’y avait jamais eu désaccord. Selon l’heureux privilège de leur affection, aucun nuage ne subsista. On respirait même largement, on rattrapait un arriéré de souffle et de lumière : rien ne nuisait plus au roman.

— Hein ? dit Marthe, l’opinion de Griffon à propos de la ressemblance doit être prodigieusement juste !

— Quoi ? sa conversation de dimanche dernier en sortant du théâtre ? Je n’ai rien entendu, sa femme me priait de changer l’orientation de mon roman, par complaisance : « Je serais si gentil… qu’est-ce que ça me faisait ? »

C’était une claire et vivace journée d’octobre, Ferdinand ouvrit la fenêtre de la salle à manger et se planta dans le cadre ensoleillé, les mains derrière le dos. Marthe desservait la table, elle expliqua :

— D’après Griffon, il y a certainement cette fatalité atroce que le petit Émile ressemble à « l’homme à la trique ».

Vivement l’attention de Ferdinand se ramassa.

Albert et Georges, gesticulant vers la fenêtre d’où arrivaient les vociférations guerrières d’une bande de gamins, demandèrent piteusement « si on ne sortait pas aujourd’hui ». Insensés ! c’était bien le moment !

— Tout à l’heure ! Tout à l’heure !

Marthe continua, une tasse à la main :