— Comparez, mon cher ! Et vous, Adèle, montrez-lui donc aussi.
Madame Griffon, imitant son amie, tendit le jarret à découvert.
La femme peinte, sur un plan oblique, par rapport à la fenêtre, arc-boutait son mollet nu ; les deux dames s’étaient postées vis-à-vis, de façon à recevoir la même lumière. Sur la vibration offerte du bas de soie mauve, — comme on joue de l’éventail, — elles jouaient légèrement de leurs jupes mousseuses, elles en augmentaient puis diminuaient le haussement, juste assez pour éparpiller le bouquet de verveine, pour faire le baiser en froufrou des soies l’une contre l’autre, et le clignement d’appel des couleurs rose et lilas.
Leur main libre, sur le corsage, donnait leur cœur, semblait-il, et leur joli visage penché à gauche déléguait l’aveu des yeux veloutés, des joues avivées, des dents éclatantes.
— Voyons, Morlane, soyez impartial, provoquait madame de Mireille.
Morlane s’était reculé du côté de la fenêtre ; la tête envahie par le brouhaha du sang bestial, il se serrait de plus en plus contre le mur, comme s’il cherchait à le repousser avec ses coudes.
Le divertissement se prolongeait.
— Vous ne rectifiez rien ! demandait madame Griffon.
Morlane riait, à langue tirée ; il sautillait tel un chien qui fait le beau ; pour ne pas bondir en avant, il se frottait contre le mur en grognant, il bégayait :
— Attendez… oui, oui… je compare…