— Les rues anciennes des Batignolles ont une vieille pluie grise, affirma Ferdinand ; de même que les larmes des gens âgés ne sont pas cristallines comme celles des enfants.
A la vérité, un ensemble de circonstances assombrissait Ferdinand et Marthe. L’absence des Griffon donnait à penser que « le roman » prenait mauvaise tournure chez eux. On ne savait pas ce que fricotait Chaupillard, invisible depuis plusieurs jours. Catherine Bise, après quelques ennuis chez ses patrons, n’avait pas écrit la lettre rassurante attendue, et Marthe n’avait pas pu aller aux nouvelles, un changement de directrice à l’ouvroir l’obligeant à une pénible présence supplémentaire.
Enfin, ce dimanche, voilà qu’Albert pâlot et grognon ne voulait pas manger.
Comme il était très gourmand de fruits, Ferdinand accrocha à la suspension une grosse pomme cueillie avec le bout de la branche :
— Pour toi, tout à l’heure.
Ferdinand promit encore :
— Si tu finis ton œuf, je ferai le camelot avec la pomme, tu sais comme c’est amusant ?
Pour plus de tentation, il enfonça son cou dans ses épaules et, avec son front haut, ses yeux à double fond, son nez large, présenta cette physionomie qui « ferait voir Paris » sur n’importe quel point du globe, et il déclencha cette voix inimitable, propre à l’acoustique du faubourg.
— Un sou la pomme ! allons : la queue ! la pelure ! la chair !… trente-six pépins, pour un sou !
Mais Albert ne finit pas son œuf.