Dans le courant de la conversation restée assez morne, Ferdinand avoua sincèrement :

— Depuis quelque temps, nous n’avons pas de chance… j’ai peur de ne jamais terminer mon roman.


Les faits vinrent cruellement justifier cette crainte.

D’abord, Albert eut la fièvre scarlatine.

Comme par hasard, Chaupillard réapparut aussitôt, pour promener, dans toutes les pièces de l’appartement, de péremptoires découragements :

— Le roman est à la merci du milieu, si vigoureuse que soit l’individualité de l’écrivain. Il ne suffit pas de vouloir et d’être capable, il faut que les circonstances quotidiennes consentent à l’œuvre. Il ne suffit pas que l’écrivain se porte bien, il faut que sa famille garde la santé.

En effet, l’enfant souffrait dans son lit, Ferdinand pouvait-il continuer à connaître la souffrance de simples « personnages », fussent-ils vivants dans sa propre chair ?

Avec ses grands yeux fiévreux, l’enfant prenait toute la pensée, toute la sensibilité ; Ferdinand veillait près du lit, l’intelligence limitée aux choses de la chambre : au papier du mur, au dessin du couvre-pied.

Dans le mystère de la nuit, il tressaillait ; l’enfant avait parlé :