— On attendra que je sois guéri, pour dire la belle surprise à Catherine ?


Par une déplorable coïncidence, la nouvelle directrice demandait à Marthe un surcroît d’activité et des apparences de satisfaction pétulante. Elle disait avec raison :

— L’ouvroir, en ce qui nous concerne, doit être un endroit plaisant.

Donc, Marthe était vive et pleine d’entrain à l’ouvroir, telle la cabotine de café-concert contrainte à de folâtres gueuseries, qui profite du répit des applaudissements pour espérer le prolongement d’un cher moribond ; telle la maîtresse d’école en deuil qui chante la vie à cinquante enfants « du même âge que le sien ».

La nouvelle directrice prit à cœur également d’intéresser à l’ouvroir ses nombreuses et hautes relations. Des lots de vêtements, usagés ou neufs, furent envoyés, de quoi habiller toutes les pensionnaires.

Le profond dortoir, avec sa double rangée de couchettes empaquetées de couvertures de cheval, ressembla à un magasin de costumier. Prodige ! l’ouvroir fut gai, bourdonnant : on essayait, du matin au soir.

Des dames de la plus pure aristocratie, aussi simplement mises que des employées de commerce, se faisaient habilleuses et raccommodeuses.

Et même, une demoiselle noble affronta le lieu ! Deux vieilles personnes plongées dans l’horreur, les larmes et la prière, l’attendaient dans l’église voisine.

Visage de perfection statuaire, visage d’intelligence et de finesse, en quelque sorte fluide, mademoiselle de Firman avait toujours distancé ses amies dans les études classiques et les arts d’agrément. Dès le premier jour, à l’ouvroir, elle sut son rôle ; tout de suite, elle reconnut la physionomie modèle : ses traits prirent la plus naturelle et la plus impassible expression de simplicité.