— Tenez, avoua-t-elle une fois à Marthe, votre lettre de Catherine va fouiller au fond de moi aussi péniblement que ces gémissements continus du petit enfant… Vous entendez, à l’étage au-dessus ?

Après la lecture, son mari se tirait soucieusement la moustache, elle éclata d’un mauvais rire et lui décocha cette apostrophe incompréhensible : « brute ! » Puis, elle lui sauta au cou, l’embrassa et fut très gaie, d’une gaieté nerveuse, tout le reste de la soirée.

A partir de cette époque, elle cessa de demander des nouvelles du roman de Ferdinand ; elle trouva même des prétextes pour retarder l’audition d’un chapitre terminé. Et elle eut une fringale de livres imbéciles et orduriers : vautrée sur un canapé, le front obstiné, la bouche rancunière, elle lisait pendant des heures, par revanche d’avoir « coupé » dans d’autres ouvrages.


Un autre phénomène fut à constater : elle ne sut plus « faire la comédie » à son mari ; on eût dit qu’elle faiblissait contre une destinée longtemps repoussée.

Douée d’un tempérament de fer, de tout temps son refuge avait été la maladie ; pour effacer ses torts, punir ou contraindre son mari, elle usait de l’admirable et invincible tactique des enfants : se plaindre de maux impossibles à vérifier : mal à la tête, au cœur, au ventre.

— Tu me reproches tel méchant tour ? Attends un peu, je vais te forcer à me soigner, à me flatter. Tu ne veux pas me payer tel colifichet ? Tu dépenseras le double en pharmacie. Tu ne veux pas que j’aille là ? Le jour où tu auras un projet intéressant, je me mettrai au lit.

Elle pratiquait la méthode si facile aux femmes dont le mari est absent dans la journée : se bourrer de pâtisserie entre les repas et ne pas manger à table. Elle était la femme délicate « qui n’a pas d’appétit » et qui est grasse comme un bébé de lait.

Pour compléter, elle répétait à tout propos, avec mauvaise foi, ou avec stupidité :

— Oui, je sais bien… tu fais la tête pour me forcer au divorce… tu ne réussiras pas.