Griffon avait usé son existence à ce rien contre lequel l’homme le plus intelligent, le plus énergique, est désarmé, s’il a du sentiment.
Eh bien, tout d’un coup, le « toupet » manqua à Adèle, comme si un drame, en dehors d’elle, s’avançait et la paralysait.
Elle s’habillait tapageusement, elle oubliait de commander le dîner, elle s’absentait des demi-journées ; au lieu de mentir, de chercher querelle, tout ce qu’elle pouvait faire maintenant, c’était de bouder ; et elle boudait mal, honteusement presque.
La grande fâcherie (dont le premier résultat fut de faire refuser le déjeuner avec Gambinet et Jeannin) vint de ce qu’elle voulait partir aux bains de mer avec madame de Mireille : un voyage de deux mois, sans itinéraire bien déterminé… elle écrirait…
— Non ! dit Griffon, si tu pars, tu ne rentreras pas ; c’est à prendre ou à laisser.
Elle dut se résigner, et aucune « comédie » proprement dite ne s’ensuivit. Des semaines s’écoulèrent, particulièrement mauvaises, où les époux se détachèrent l’un de l’autre par le silence, plus que s’ils avaient proféré des injures.
Ce qui étonnait le plus Griffon, c’était qu’Adèle ne lui jetait même plus à la tête sa résolution de ne pas divorcer.
Arriva une seconde invitation à déjeuner, le dimanche, chez les Prestal. Griffon renonça cette fois encore, parce que, le vendredi, Adèle ne rentra pas dîner et, devant son visage sévère, n’acheva même pas le mensonge maladroit d’une indisposition accidentelle, en visite… Il décida de ne plus sortir avec elle.
Tout de même, il y avait eu un accident.
Madame de Mireille et madame Griffon ne devaient pas impunément tourmenter le peintre Morlane.