Madame de Mireille, très indépendante, avait succombé la première : elle était devenue la maîtresse du brillant Ribérol.

Alors, les scènes à l’atelier ne semblèrent plus suffisamment excitantes. Un jour, Ribérol débarqua chez Morlane, lui offrit un cigare, puis, à califourchon sur une chaise, lui expliqua tranquillement ce qu’il appelait le caprice de madame de Mireille :

— Elle désirerait figurer dans un tableau à la Fragonard… Bien entendu, nous ne saurions poser devant vous ! Mais dans telle hôtellerie, machinée comme un théâtre, nous pouvons souffrir votre présence cachée ; il s’agit d’ailleurs d’une scène plastique, sans offense pour le regard étranger. Nous pouvons, pendant un rapide instant, vous octroyer cette vision unique, laquelle reste dans les yeux de l’artiste et lui permet, fût-ce dix ans après, de donner la reproduction aussi fidèlement que s’il copiait un modelage.

Morlane, à demi fou, accepta l’offre malsaine qui devait le finir.

Et Adèle fut mise au courant par son amie ; elle sut le lieu, l’heure. Le jour du tableau vivant était l’avant-veille du dimanche promis aux Prestal.

Ferdinand devait lire un chapitre. Son travail, maintenant, marchait à souhait. C’était l’ère des circonstances fécondantes.

Georges, à l’école, fut premier en histoire et Albert deuxième en gymnastique. Ces résultats ne manquaient pas d’importance ; car, tout de suite après, Ferdinand eut une création facile, abondante, forte, où jaillissait telle note exceptionnelle, comme une infusion de succès.

Rien n’était indifférent pour l’œuvre. A la même époque, au bureau, le chef tomba malade.

— S’il est seulement trois mois absent, calcula Ferdinand, je termine mon roman.

— Ton seulement est plein de goût, apprécia Griffon.