Ferdinand resta le visage dur, implacable :
— Non pas que je donne moins à l’administration, mais je suis délivré en partie de l’oppression. Je n’écris pas mon roman au bureau, mais je reste moi-même.
En définitive, après les tiraillements, les flottements, son tempérament dominait.
Certaines vertus, qui entraient dans la constitution propre de Ferdinand ne pouvaient être mises en défaut que passagèrement. Son âpreté au travail, sa vigueur à s’imposer, à réagir contre le milieu anti-littéraire, sa faculté de saisir les faits, de les rapporter à une conception d’humanité et de les digérer dans son œuvre, tous ces attributs de sa personnalité devaient régner intégralement.
Et même, le temps d’impuissance apparente était, en somme, propice ; car il préparait l’éclosion irrésistible, qui fait de l’artiste une force de la nature.
L’heure existait pour Ferdinand, où la face se déforme, où la solidité du roc réside dans le menton, dans le front. Alors, il n’y avait pas de chef de bureau qui tînt, il n’y avait pas de Griffon, pas de Catherine, pas de Chaupillard débineur, pas de Jeannin débaucheur, pas de femme, pas d’enfants qui tinssent ! Il y avait la passion attaquée à l’univers !
— N’est-ce pas formidable ? expliquait-il dans le calme. Vous aimez l’univers par un de vos personnages. Cette émotion de l’univers existe ! Vous le sentez, vous le tenez, votre capacité d’étreinte est assez vaste ! Votre projection nerveuse atteint le monde tout entier, comme la lumière du jour l’atteint sans limite. On ne saurait alors, vous demander de rapetisser votre infinie puissance à connaître une seule créature, fût-elle de votre sang !
A certains moments de gestation, on pouvait sonner chez lui, hurler dans la rue : un moi élémentaire, farouche, refusait d’entendre : « Il n’y aurait que l’écroulement de la terre d’égal en importance à ce que je fais ! »
Un soir, Marthe criant :
— Ferdinand, le feu ! La lampe est tombée !