Un arrêt devant le boniment d’un camelot permit un refus plausible du bon chemin et une vague transaction avec la raison.

Alors, avec l’idée qu’il fallait rentrer, avec le calcul de ne pas s’éloigner à cause de l’heure, elle tourna dans le quartier : la rue Blanche, la rue Ballu, la rue de Clichy, le boulevard de Clichy, puis, de nouveau, la rue Blanche, la rue Ballu…

Elle marchait toujours trop vite, chercheuse malade, dont le souffle vital semblait osciller à droite, à gauche. Deux fois, trois fois, dix fois, le garçon de café la vit passer devant la terrasse, rue de Clichy, de quart d’heure en quart d’heure.

Puis la lumière du jour déclina.

Et voilà qu’elle crut traîner un muet solliciteur derrière elle. Alors, une sorte de défaillance changea sa démarche. Les tempes bourdonnantes, brisée par ce désir des gens traqués d’être saisis, — mais « d’en finir », — hébétée par le besoin de se cacher, fût-ce dans la honte, elle ne sut plus bien où elle était, ni ce qu’elle faisait.

Alors, en effet, son allure fit qu’elle tira de silencieux compagnons derrière son dos. Ils se succédaient ; abandonnée au bout de quelques mètres par un solliciteur, aussitôt un autre s’attachait plus longtemps, puis un autre. Elle les menait par l’interminable tour des rues.

Plusieurs fois, le suiveur venant presque la toucher provoqua un sursaut, une volonté de fuir qui ne durait pas.

« Attention ! » pensa le garçon du café de Clichy.

Un compagnon, traîné un tour entier, s’approcha au point d’effrayer, persista, fut moins évité, engagea un second tour…

Le garçon eut soin de constater : une heure écoulée, elle n’avait pas remonté la rue de Clichy.