— Eh bien, et toi ? Dans tout ça, qu’est-ce que tu as acheté pour toi ? Ce fameux boléro à vingt-deux quatre-vingt-dix, dont tu parles depuis trois mois ?
— Ah ! j’ai réfléchi ; mon collet beige peut encore aller. Ma foi, je ne me suis pas décidée à courir jusqu’à l’avenue de Clichy et j’ai bien fait : tu vois, c’est moi qui ai eu le plus de chance, c’est moi qui ai monté la lettre !
Albert et Georges s’agitaient déjà en créanciers avides ; l’acceptation de l’éditeur ne signifiait qu’une chose pour eux ; encore une surprise à Catherine !
Ce fut encore « une semaine de vacances ». On avait renoncé à toutes sortes d’autres inventions ; aucune ne pouvait faire autant de plaisir à Catherine. Et, cette fois, elle prenait son enfant, elle l’emportait, complètement à elle : ces huit jours, elle les passait près de Dieppe, au bord de la mer, chez les parents nourriciers d’un collègue de Ferdinand, qui recevaient des pensionnaires, au cours de la saison.
Catherine n’avait à se préoccuper de rien, on avait écrit.
Qu’est-ce qu’on avait bien pu écrire ?
Les hôtes étaient là qui attendaient, sur le quai, l’arrivée du train, à trois heures après-midi ; des braves Normands réjouis, roux et tachés de son. Jamais Catherine n’avait vu un épanouissement pareil, un tel mélange d’admiration, de familiarité, de reconnaissance :
— Ah ! bin ! que je vous embrasse ! dit la femme, vous auriez été ma fille, je vous aurais pas mieux reconnue. Et v’là déjà du lait frais tiré, quéquefois que c’t’éfant aurait pris soif dans le train ; et puis des poires et de la galette du pays…
— Aussi vrai que j’vous l’dis, fit l’homme, vous arrivez cheux vous, dans vot’maison, vous êtes not’Catherine !
Et en effet, des voisins souriaient attendris, émerveillés sur les portes, comme, de tradition, lorsqu’un fils vient en permission du régiment, ou qu’une fille mariée à la ville amène son premier enfant.