Un soir, il arriva passé neuf heures ; il jeta sur la table un numéro de la Revue du Progrès.

— Encore une consolation, ricana-t-il ; tandis que la littérature sombre dans le néant, la science officielle triomphe, — comme la statistique.

Cette énigme formulée, il ralluma difficilement un piètre cigare ; des phrases banales furent dites, on ne voulait pas l’exciter. Marthe alla coucher les enfants ; aussitôt il entreprit Ferdinand, d’une voix assourdie :

— Les bonnes fortunes sont pour rien, mon cher ! Dans le bétail grelottant qui cherche à ne pas mourir, on ne distingue plus les professionnelles, les mères de famille, les fillettes échappées de l’école ! La poésie, le rêve, l’immensité aimante et ta sublimité, ô amour, sont descendus à sept sous dans Ménilmontant !

Il se précipita sur la Revue du Progrès.

— Eh bien, une formidable découverte vient d’honorer les savants officiels. Étant donné que, — pour les gens respectables, — la seule cause admissible de la prostitution est la perversité naturelle ou acquise, écoutez stupides littérateurs : Les mauvaises dispositions latentes chez un grand nombre de créatures se déclarent particulièrement sous l’influence du froid.

Il secoua Ferdinand :

— La démonstration d’une grande loi scientifique va être présentée aux Académies : les perversions morales sont développées et propagées par le froid, tandis que les maladies du corps sont surtout favorisées par les températures chaudes. La certitude ressort de cette symétrie ; les deux pôles voulus par la logique apparaissent lumineusement. Vive la science officielle ! A bas la littérature !

— De quoi parliez-vous ? demanda Marthe.

— Nous parlions d’une découverte relative aux « mauvaises femmes », dit Chaupillard, les yeux avides sur Marthe.