Marthe s’empressa, très heureuse :
— Entrez donc, excusez-moi ; je viens de finir des rangements ; je suis à ne pas toucher avec des pincettes.
Quand madame Griffon fut assise dans le salon, recevant à plein le jour de la fenêtre, Marthe, qui ne lui avait rien trouvé de nouveau à première vue, fut stupéfaite : absolument l’impression de saisir, face à face, une actrice que l’on connaissait seulement à la scène. Un changement complet et pourtant inexprimable : madame Griffon semblait avoir les traits grossis, dépoétisés avec moins d’envolée dans les cheveux blonds, dans les yeux bleus. Elle avait aussi perdu de son cachet mondain, malgré un costume de drap gris très chic et très sérieux.
La conversation fut d’abord difficile. Madame Griffon souriait trop fixement, regardait trop Marthe, et ne disait pas ce qui était arrivé pendant les six mois d’éclipse.
Marthe gênée, en dépit de son propre cœur affectueux, n’osait pas questionner ; elle offrait ses joues écouteuses de brune pensive.
C’était Adèle qui interrogeait et qui parlait le plus, et d’autorité, de façon à rester dans un sujet limité :
— Que devenaient les enfants ? Que devenait monsieur Prestal ? La concierge avait dit qu’ils étaient partis se promener ; c’était à prévoir, par ce dimanche de printemps, et à prévoir aussi que la ménagère modèle serait là toute seule.
Marthe ne remarqua pas que, peut-être, si son mari et les enfants avaient été à la maison, madame Griffon ne serait pas montée.
La visiteuse plaisantait sans que son visage exprimât une réelle bienveillance ; et tout d’un coup, sa voix sûre, alerte, avait trébuché, malgré un effort de gaie sonorité :
— Eh bien, au fait, le roman, quel résultat ?