Ferdinand Prestal s’était marié en qualité de commis-rédacteur à la Compagnie centrale des Chemins de fer.

Pendant les fiançailles, il avait confessé un léger travers :

— En dehors du bureau j’ai adopté, comme distraction, d’écrivasser ce qui se passe autour de moi ; oh ! des petites manivelles sans prétention, faites pour moi seul. Et puis, je bouquine beaucoup ; je ne suis pas très « homme de ménage ».

Son visage était lumineux de franchise et de simplicité : oui, vraiment, quand il n’écrivait pas, il lisait ; sauf cela, aucun égoïsme, il serait tout à sa femme.

Marthe, — livrée à cette palpitante curiosité des fiancées : « régnerai-je sans égale dans votre pensée, mon ami ? », — Marthe, le visage encore plus clair, encore plus ingénu, avait jugé qu’un tel travers était en effet bien innocent.

Elle n’avait pu obtenir aucun échantillon de ces manivelles littéraires : il s’agissait de si peu de choses.

Mais, le lendemain des noces, Ferdinand avait spécifié qu’il s’absorbait dans sa littérature, après dîner, de huit heures à onze heures et que, levé tôt, il paperassait encore, le matin, avant de partir au bureau.

Puis il avait gentiment sollicité la participation de sa femme.

Gentiment, mais en quelque sorte légitimement : cela venait comme une analogie, comme une suite au droit marital :

— Tu m’aideras, je serai moins maladroit, avait-il dit en donnant à lire des nouvelles bien intentionnées, plutôt que bien réussies.