Sa câlinerie était charmante. Seulement il avait ajouté :
— Lis tout de suite, quand je te demande.
Rien de heurté : c’était une continuation de rôle. Ferdinand avait même imposé la règle d’appréciation :
— L’écrivain soucieux d’influence doit se dissimuler derrière des événements significatifs par eux-mêmes. Quand j’écris, je pense à la gamine de ta directrice que tu m’as si bien dépeinte : les conseils, les récriminations ne portent pas ; elle ment, elle trouve le moyen de se justifier. Il faut impersonnellement lui dire son fait : « Un jour, une petite espiègle a caché une pièce d’argenterie et elle a laissé accuser et renvoyer la bonne : peut-être que cette pauvre fille est morte de faim… Voilà le pot de confitures, donne-t-en une indigestion si tu veux. »
Bref, excepté qu’il dictait son exigence en tout, Ferdinand laissait sa femme absolument maîtresse de ses goûts et du reste.
Ensuite, comme par hasard, il avait fait une heureuse découverte : Marthe possédait un don vibrant d’observation, une intuition des plus sagaces ; eh bien ! ma foi, elle ne s’en tiendrait pas à la critique, elle devrait aussi sustenter, par des propos abondants, la « petite distraction littéraire sans importance » de son mari.
— Mais certainement, mon ami.
Ainsi se forme une épouse.