Comme une coupable qui ne sait où cacher ses remords, elle erra dans la cuisine, puis dans la chambre des enfants ; elle ramassa les chaussons, qu’avant de sortir, selon l’habitude, ils avaient lancés à travers les meubles, sous les chaises et sous la toilette… Et les remords allaient : Pauvre Ferdinand ! Pardon de n’être qu’une cuisinière…
Elle se réfugia dans la chambre à coucher, mais aussitôt la grande glace de l’armoire s’empara d’elle… Oh ! alors ! Le visage fade d’employée d’ouvroir ! Les cheveux sans coquetterie ! Le peignoir fané sur la hanche forte… Oh ! alors ! Pardon de n’être pas plus jolie femme ! Pardon de ne savoir que l’étreinte totale ! Pardon d’avoir des spasmes si bêtes !…
— Quoi ! miséricorde ! Est-ce qu’on ne sonnait pas encore une fois ?
XVII
Marthe hésita :
— Si je n’ouvrais pas… Sans doute, c’est elle qui revient apporter de nouvelles blessures !
Mais peut-on refuser de savoir ? C’était peut-être elle qui venait rétracter une partie de ses cruautés.
Alors, le souffle en suspens, le dos peureux, la pensée morte, Marthe alla ouvrir.
La porte jeta largement la réalité.
Marthe demeura un instant interdite, immobile, aveuglée comme par l’irruption de ce soleil printanier qui dissout les nuages d’une flambée et qui, s’emparant souverainement de l’espace, délimite, situe et explique toutes choses.