Catherine Bise et son enfant reprenaient la prépondérance dans la conversation, et se mêlaient au cliquetis d’intimité des cuillers à café.

— Pourvu qu’elle supporte la séparation, d’abord !… Une allumette ? tiens.

On discuta des moyens à employer pour qu’un enfant fût bien soigné en nourrice.

La bonne fonctionnait, en tortillant la tête sur son cou trop court, avec une indicible application, comme si les paroles étaient en duvet et qu’elle cherchât à s’y frotter le plus possible. Ignorée derrière le haut dossier des chaises, elle marchait, elle marchait et, selon le dialogue, elle envoyait une poussée de joue vers Marthe, une poussée de joue vers Griffon.

Il est rare que l’on ne formule pas une trouvaille au moment de se séparer. Ce fut la maîtresse de la maison : le roman inspiré de Catherine devait être mis sur chantier sans délai, eh bien ! dès qu’un fragment serait composé, M. Prestal pourrait venir le lire aux Griffon !

— Mais oui ! Ce serait excellent à tous les points de vue.

Debout, on gesticula de satisfaction :

— Permettez ; il y a loin du projet à la réalisation.

— Je suis sûre que ce sera très épatant.

Marthe n’oubliait jamais de faire une discrète apparition dans la cuisine. Tiens ! la bonne était nouvelle ! Et Marthe vit que cette fille avait exactement une tête de tortue, plate, allongée dans le sens du nez à la nuque, la bouche fendue en claquoir. Mais quoi ? Ce n’étaient pas les vingt sous d’usage qu’elle attendait ! Grâce à son expérience de l’ouvroir, Marthe crut saisir que la bonne sollicitait une autre bienveillance, avec une avidité de tortue drôlement mobile. Supposition : une mendiante qui aurait vu secourir d’autres pauvresses et qui, muette, mutilée, ne pourrait qu’agiter désespérément sa tête pour attirer l’attention à son tour.