Et elle s’endormit tout de suite.
III
La semaine suivante, un mardi, comme Marthe rentrait à cinq heures et demie, avec ses enfants cueillis à l’école en passant, madame Griffon arriva, en surprise, un bouquet de mimosas à la main.
— Vous êtes bien aimable, remercia Marthe, j’adore les fleurs… et puis l’hiver les rapproche de nous, un peu comme des créatures frileuses… Excusez-moi, une minute, je mets un morceau de viande sur le feu.
Madame Griffon embrassait Albert et Georges et leur abandonnait son superbe tour de cou en fourrure.
— Amusez-vous avec la « bête ».
Ils ne devaient pas tarder à rire aux dépens de la bête, mais avant, ils admirèrent la visiteuse, comme une image, à cause de son costume tailleur, gros vert, à lignes raides, tandis que leur mère, habillée de confection, était en noir lâché, qui allait avec leurs tabliers de classe.
— Asseyez-vous donc près du feu, dit Marthe, revenant toute parfumée d’oignon.
— Figurez-vous que j’ai reçu un télégramme de madame de Mireille, mais je ne veux plus de ses rendez-vous ; elle est mon mauvais génie… Alors, j’ai sauté dans une voiture, de peur de changer d’idée en chemin, et me voici. Je vous prierai de me prêter un livre bien écrit, pour donner satisfaction à mon mari… Les siens, je les ai déjà feuilletés… et comme ses romans sont mêlés avec ses bouquins de philosophie, il me semble qu’ils ont pris le goût embêtant.
— Tout ce que vous voudrez, consentit Marthe, en montrant la bibliothèque, un grand meuble à quatre portes, qui occupait le fond du salon.