Et sa mimique indiqua qu’il avait consommé jusqu’au cou.
La charmante Adèle portait un peignoir fanfreluché qu’elle aurait aimé voir admirer par l’élégant personnage, mais ses yeux d’homme supérieur restèrent à des distances incommensurables des babioles féminines.
— Oui, j’ai profité de ce que j’étais dans le quartier ; je viens de chez ce malheureux Prestal ; figurez-vous qu’il a la folie d’entreprendre un roman.
— Mais, affirma Griffon, je trouve que ça lui va très bien ; aucune difficulté ne le rebutera : c’est l’écrivain tenace, accroché aux heures et ne voulant pas les laisser partir sans résultat. Jamais de chômage, ni fêtes, ni dimanches…
Chaupillard haussa les épaules :
— Je sais bien : une visite inattendue lui fait l’effet d’un emprunt gênant ; il calcule le temps que ses amis lui coûtent et il le reprend sur son sommeil. Je connais ça mieux que vous, voilà dix ans que je suis ses louables efforts dans des revues ataxiques.
— C’est d’ailleurs comme rédacteur de ces revues paralytiques que vous êtes devenu son ami, inséra Griffon, délicatement.
Chaupillard permettait à Griffon de parler et criait moins fort chez lui que chez Ferdinand ; il continua sans se déconcerter :
— Les parents de Prestal étaient des ouvriers promus fabricants, mais ses grands parents étaient gens de la terre et il tient d’eux des vertus crochues que je ne trouve pas si épatantes ; il chipe des notations comme les autres ramassaient du crottin.
Madame Griffon boudait, enfoncée dans un fauteuil, à cause de l’effet raté de son incomparable peignoir ; cependant le fond du débat, la question du roman, tirait sa curiosité de force.