Mais l’offense atteignit si bien Marthe qu’elle s’empourpra et, comme par l’antagonisme d’une autre noblesse, elle répliqua passionnément :

— Vous supposez que nous ramassons la douleur pour en jouer, pour en tirer bénéfice ! Ce serait en effet assez bas. Vous saurez qu’il y a deux ordres de faits absolument différents ; d’une part, nous cherchons à rendre service matériellement à Catherine, nous essayons d’arrêter là sa misère, loin de la suivre pour en extraire du développement. D’autre part, que Ferdinand mette la détresse passée en roman, ça ne cause aucun tort à Catherine : et il veut la réhabiliter, elle, et il veut défendre toutes ses pareilles. D’aucune façon, il n’y a profit au sens où vous l’entendez.

Agressive, la lettre au poing, elle n’obtint de Chaupillard qu’une acceptation dubitative, mêlée à l’amabilité de la retraite.

Derrière lui, Marthe qui détestait « l’homme », mais qui aimait « le confrère de son mari », déclara d’un ton amusé, réconcilié :

— Vraiment, je ne discerne d’autre motif à sa visite que celui-ci : il avait flairé une occasion de démolir.


Chaupillard résolut d’aller le soir même chez Griffon à l’improviste. C’était ainsi : il oubliait les gens pendant des mois, puis, tout à coup, comme par la nécessité de remplir une mission vengeresse, il décidait de les voir, sans différer.

Il dîna rapidement pour trente sous dans une mauvaise gargote du quartier. Puis, choisissant un chemin mal éclairé, avec son air olympien et grognon, il accepta une rencontre dans un garni de dernier ordre, d’où il sortit au bout de dix minutes, exactement, après une dépense de trois francs. Il alluma un havane de soixante centimes, au bureau de tabac, tout près de chez Griffon, et il se présenta, en pleine possession de sa physionomie hostile à la piètre humanité.

— Vous prendrez un peu de liqueur, en fumant ? offrit Griffon.

— Non, non, je viens de dîner, refusa Chaupillard.