Pour certains motifs aussi, la jolie femme, prompte à grossir les événements, portée à en chercher exclusivement le côté divertissant, avait voulu célébrer comme une fête « la première lecture ». Elle avait trouvé là l’occasion d’oublier de bonne foi ses frasques récentes, et de vieillir l’actuelle réconciliation ; en dehors du roman commencé, tout devenait secondaire et histoire ancienne.

Vraiment, par une illusion étonnante, elle était heureuse à plein, comme d’une réussite personnelle. Depuis trois jours elle s’agitait en préparatifs inusités.

A peine placés à leur bout de table, Albert et Georges firent : « Oh ! oh ! » en montrant deux bouteilles de champagne sur le dressoir de chaque côté du vase chinois.

— Ah ! mais ! les mioches, proclama vivement madame Griffon, vous allez voir, ce n’est pas « de la petite bière », aujourd’hui ! quand vous serez grands, vous vous rappellerez la date !

— Redresse-toi, mon vieux, dit Griffon qui finissait par « marcher » aussi.

Et il présentait à Ferdinand un menu imprimé : Dîner littéraire du 28 mai.

— Sapristi, fallait prévenir ! Nous n’aurions pas emmené les gosses : un dîner littéraire est nécessairement orgiaque.

Marthe était fort sensible aux frais faits en l’honneur de son mari. La satisfaction avivait les joues des deux femmes. Un coup de joie enlevait aussi à Ferdinand son masque de fatigue studieuse et, chez Griffon, effaçait une certaine dépression de voyage nuptial.

Les Prestal surtout étaient comme débarrassés d’une inquiétude, remarquait Griffon : Ferdinand n’était pas encore un romancier, mais enfin, il approchait.

La bonne à tête de tortue était partie.