Et, comme c’était elle qui découpait et servait à table, elle choisissait avec un redoublement de tendresse le meilleur du plat pour Ferdinand.

V

La trompeuse réconciliation visita le ménage Griffon à peu près dans les délais habituels.

Aussitôt, bien entendu, les Prestal furent invités au dîner d’affermissement.

Ce fut un samedi, pour que les enfants pussent compenser la veillée par une grasse matinée, le lendemain.

Ferdinand posa un rouleau de papier sur l’étagère du dressoir normand, derrière sa chaise : un chapitre de son roman qu’il lirait après le dessert, selon l’engagement pris quelques mois auparavant.

Madame Griffon réclamait cette lecture depuis le lendemain de la promesse.

Le sort de Catherine et, par corrélation, le roman faisaient l’effet d’une inoculation dans sa vie. Elle pensait à chaque instant « à cette manigance de fille-mère ». Curiosité ? Charité ? Inquiétude ? Impossible de discerner.

Alors, elle voulut que ce je-ne-sais-quoi fût du contentement, bon gré mal gré. Ainsi, une personne dont les mains deviendraient brûlantes déciderait : c’est signe de santé, non pas de fièvre.

Son parti était pris : elle se réjouissait que Marthe eût un mari écrivain, elle n’était pas envieuse. Elle se réjouissait que Catherine servît à faire un roman ; elle se moquait pas mal de cette héroïne et tant mieux si quelqu’un s’occupait de ses litanies : cela dispensait d’autres personnes d’exercer leur pitié.