Elle se mit à rire d’ailleurs, consciente de son incohérence :
— J’ai proposé un dîner littéraire et non un dîner philanthropique. Vous prenez tout à coup des mines d’enterrement… Vous savez, j’aime pas qu’on s’occupe de choses tristes, surtout quand on n’y peut rien. Pourtant, j’aime bien les romans tristes et surtout les pièces de théâtre. Oh ! j’adore les drames où l’on pleure. Tenez, justement, on en joue un à la Porte-Saint-Martin, je veux que mon mari m’y conduise ; ça soulage beaucoup de pleurer au théâtre ; vous ne trouvez pas, madame Prestal !
— Il est certain qu’après une tragédie bien noire on ne voit plus rien de sérieusement affligeant autour de soi.
— Voilà ce que vous devriez faire après votre roman, monsieur Prestal, un drame… Au moins, vous nous donneriez des billets… Et même, votre histoire, là, si vous l’arrangiez plutôt en pièce ?
Griffon ramena les enfants du salon.
— Est-ce que tu ne dois pas aller demain aux Travaux publics ? lui demanda Ferdinand.
Pas de réponse.
— Eh ! je te demande si tu ne vas pas au ministère, demain.
— Je n’avais pas entendu, fit Griffon, tiré d’un rêve.
Il était onze heures, les enfants s’endormaient.