Les idées dominantes de chacun revenaient : Ferdinand pensait à se lever de bonne heure et à faire certaines rectifications suggérées par la lecture à haute voix ; sa femme pensait à concilier le grand nettoyage du dimanche avec le travail littéraire hostile au mouvement, et elle répondait mal à madame Griffon, poursuivie d’un extraordinaire besoin de théâtre triste.
On se quitta sans que la soirée eût fini en parfaite allégresse.
Tout de suite, en marchant, Marthe et Ferdinand furent d’accord à s’étonner qu’un nuage eût modéré brusquement la fête. On aurait dit qu’il y avait chez les Griffon une dette, comme chez les Prestal. Mais quoi ! Griffon n’élaborait aucune espèce de roman !… Et comment deux époux aussi peu unis que Griffon et sa femme auraient-ils pu se reconnaître une même « dette » ?
Marthe s’appuya au bras de son mari :
— Dans tous les cas, je suis contente ; tu avais tort de douter : ton chapitre supporte parfaitement la lecture… Tout à l’heure, à table, j’avais l’air de chercher bien loin pour Catherine, mais je considère son sort comme lié au roman et je ne suis pas inquiète.
Ferdinand se mit à rire :
— Je prends note du pronostic flatteur, ce 28 mai, à onze heures et demie du soir, en face du Moulin Rouge.
Marthe faisait allusion à de mirifiques projets, en faveur de Catherine, dont la réalisation devait commencer dès l’achèvement du manuscrit, puis se continuer selon l’acceptation d’un éditeur, et selon le succès de la publication.
A la maison, pour faciliter son service de police, Marthe avait mis les enfants dans la confidence :
— Tenez-vous donc tranquilles, laissez papa travailler ; quand son livre sera fini, il arrivera les choses les plus heureuses à Catherine Bise ; vous l’aimez bien, vous ne voudriez pas l’empêcher d’avoir de la chance ? Il arrivera ceci d’abord ; puis ceci, et enfin ceci !