Catherine appartenait si bien à leur affection, et ce que promettait maman était tellement réjouissant, considérable et secret que, maintenant, il suffisait d’un signe pour arrêter leur bruit :
— Voyons, papa écrit…
Ou encore, il suffisait d’une moitié de phrase.
Ils marchaient devant, Marthe les appela :
— Dites donc, le livre de papa va bien…
Aussitôt, à l’idée de ce qui devait éclater, ils s’épanouirent malgré leur envie de dormir : les yeux écarquillés, la bouche ouverte, les bras en l’air.
Puis, Ferdinand évoqua la satisfaction de confondre Chaupillard, toujours persuadé que les Prestal « utilisaient » Catherine sans le moindre sentiment, et qu’ils tiraient haïssablement le suc de son infortune.
Ah ! cela touchait Marthe au plus vif ! Pour le coup, elle en eut à dire, le reste du chemin, jusqu’à la rue Saussure :
« Chaupillard verrait un jour que ce n’était pas la misère de Catherine qui avait fait naître une pitié provisoire et utilitaire d’écrivain, mais bien que c’était la piété de tempérament de l’écrivain qui avait élu, pour se développer, ce cas provisoire et réparable… Et ce monsieur Chaupillard si décourageant, est-ce qu’il n’écrivait plus ? est-ce que ce monsieur, si résolument contempteur du public, ciselait en secret de nobles proses ? Point du tout : il griffonnait des « médaillons » de demi-mondaines, des esquisses d’une vingtaine de lignes prétentieuses, insipides, qu’avec de pénibles démarches il insérait dans des publications moribondes… Eh bien ! les Prestal ne lui imputaient pas à crime de s’intéresser à des courtisanes inexorablement « riches et esthétiques », puisque cela correspondait à sa belle nature ; lui, de son côté, ne devait pas taxer les amis de bassesse, il ne devait pas nier d’avance la générosité du roman de Ferdinand. »
A cause de la soirée splendide, Paris — le long du boulevard extérieur — conservait une animation de plein jour, moins la hâte et le gros bruit propres aux opérations de travail.