De tous côtés, Ferdinand notait la lenteur de couples en confidence, et la béatitude de gens descendus prendre le frais sur les bancs, et qui ne se décidaient pas à remonter leurs étages.
Par instants, des souffles tièdes portaient, d’un couple à un autre, un parfum capiteux, comme une révélation indiscrète de propos amoureux.
Les Prestal marchaient fortifiés inconsciemment par le bon air de la nuit et par le bon chapitre du roman. Marthe, en parlant, jetait les yeux sur Albert et sur Georges, puis sur les papiers roulés que Ferdinand portait sous le bras. Elle accentuait des mots qui frappaient les oreilles des enfants.
— Qu’est-ce que c’est des courtisanes ? demanda Georges à son frère.
Albert qui attrapait toujours, par aimantation, la nervosité de sa mère, envoya un coup d’épaule brusque et bougonna : « Eh bin ! eh bin ! » le temps de chercher sa réponse :
— Eh bin… c’en est qui soignent les malades… parbleu !
VI
D’après une loi tacite, toutes les actions facultatives de la vie — toutes les réceptions, toutes les sorties — devaient servir l’égoïsme littéraire de Ferdinand. Peu à peu, les Prestal avaient cessé les relations existantes au début du ménage avec les connaissances et même avec les parents dépourvus d’intellectualisme. Notamment, l’on ne voyait plus personne du côté de Marthe, excepté sa mère.
Quand on sortait avec les enfants, ce n’était ni pour les distraire, ni pour leur faire prendre l’air : on les traînait le plus souvent chez des gens nuageux, où ils se morfondaient sans bouger dans un coin. Presque tous les dimanches, on allait au théâtre en matinée ; et dame, foin des vaudevilles ! Les enfants avaient vu Phèdre maintes fois et ne connaissaient pas le cirque.
L’ami Jeannin, célibataire, qui avait le temps de baguenauder, se moquait de Ferdinand, l’approuvait et l’entraînait tout à la fois :