Le local carrelé paraissait vieux, immense et désolé ; on entrait de plain-pied dans une sorte de salle d’attente munie de deux banquettes et l’on avait devant soi un bureau vitré, formé d’une cloison à mi-hauteur du plafond. Il était trois heures, la pluie tombait depuis le matin ; l’absence de toute trace humide indiquait que personne ne s’était encore présenté.

— Des journalistes ! Dans ce cas, messieurs, veuillez passer au salon, car nous avons aussi un salon, dit le placeur avec emphase.

Il introduisit Ferdinand et Jeannin dans une salle à manger des plus communes et, cérémonieusement, leur indiqua des sièges, en face d’une table ronde couverte d’une toile cirée marron. Il s’assit lui-même près de la cheminée, adressa un signe poli, de la tête, aux deux visiteurs, et répéta le signe dans la glace, rapidement. Il empêcha Ferdinand de prendre la parole.

— Messieurs, vous venez au sujet de cette abominable iniquité ; on supprime les bureaux de placement, alors que l’insuffisance d’ouvrage est le véritable mal.

Jeannin, roublard, s’écria :

— Vous avez parfaitement raison : des gens sont dans le besoin, on tape sur ceux d’à côté ; c’est une diversion habile, mais qui ne résoud rien… La question qui nous amène est un peu différente ; on nous a parlé de vous comme d’un homme extraordinairement documenté ; mon confrère écrit un roman dont l’héroïne est une bonne, — où, bien entendu, le bureau de placement gardera une importance légitime…

Jeannin esquissa une révérence :

— Mais nous voudrions tenir de vous quelque drame particulier à la profession, quelque chose comme un fait-divers : « Un jour une bonne arrive, etc. » Vous saisissez ?

Le placeur se regarda dans la glace avec considération :

— Quant à ça, messieurs, j’ai vu le monde de bas en haut ; j’ai été acteur.