— Pourquoi cette colère ? dit-il à Ferdinand. Vous approuvez bien Griffon de surveiller la nourrice, de lui porter du savon et du chocolat. Moi, il me plaît d’envisager les choses autrement. Et vous êtes délicieux de mettre Catherine dans un livre : ce n’est pas ça qui donnera un père à son enfant.
Griffon était tenu dans l’ignorance de ces manigances et de ces tiraillements ; des considérations secrètes diamétralement opposées aboutissaient à cette sorte d’entente entre Chaupillard et Ferdinand.
Auprès de Griffon, Ferdinand se bornait à mésestimer sa production littéraire « complètement ratée », à l’entendre.
Griffon haussait les épaules :
— Quels types impondérés ces artistes ! pas de milieu : les uns annoncent carrément et toujours qu’ils tiennent un chef-d’œuvre ; les autres prétendent toujours ne rien faire de propre. Tu ressembles au paysan, amasseur d’écus, appliqué à pleurer misère…
— Je t’assure que je ne suis pas content du tout de mon roman, disait Ferdinand.
Il contractait cette névrose des écrivains de prendre ombrage des moindres vétilles ; il souffrait non seulement de Chaupillard, mais de sa femme, de ses enfants, de son emploi.
Dans le couloir du bureau, il se laissait tomber sur le coffre à bois, avec une mine de victime ; il exagérait même ses dépressions, censément par intérêt pour « ce pauvre Griffon », si annihilé par Adèle.
— Je suis bien embêté à la maison, pas moyen de travailler sérieusement ; ma femme a des obstinations incompréhensibles…
Ce refrain n’obtenait aucun succès. La plus sincère amitié florissait entre Griffon et Marthe : c’était à qui ferait le plus de louanges de l’absent. Il fallait entendre Marthe :