— Et toi, tu ne dis rien ?

Elle se laissa tomber sur une chaise, les deux mains plantées aux genoux, penchée, attendant, provoquant son mari à exécuter aussi le mauvais ami.

— Je dis… je dis… balbutia Ferdinand, de tempérament moins simple et moins agissant.

Mais Chaupillard, contre toute attente, se mit à répondre, la voix assez calme, presque sur un ton d’excuse, l’attitude presque déférente, comme s’il n’avait enregistré que des paroles ordinaires :

— Vraiment, écoutez, je ne sais pas… il y a malentendu…

Il expliqua posément que, grâce à des accointances administratives, il avait pu donner à Catherine des permis de voyage à quart de place, pour aller chez la nourrice ; quoiqu’il ne s’agît que d’une vingtaine de kilomètres, l’économie serait importante à la longue.

— Voilà ! voilà ! déplora Ferdinand.

Marthe, d’abord méfiante, rougit à l’extrême, se leva, s’excusa franchement : elle avait cru Catherine menacée, elle avait dit tout ce qui lui passait par la tête sans animosité grave.

Elle eut une chute de colère qui acheva de troubler Chaupillard. Il admira « l’après-passion » d’une telle femme. Doué pour un moment d’une perception sentimentale aiguë, il évoqua un autre genre désirable de sincérité féminine, il perçut que le fond de la nature de Marthe était la bonté, et qu’il restait de l’affectuosité dans son irritation même.

Chaupillard assura qu’il comprenait très bien l’exaltation de Marthe, il plaisanta Ferdinand qui paraissait le plus ennuyé de l’algarade.