— De quoi vous mêlez-vous ? Nous ne permettrons pas que vous alliez démoraliser cette malheureuse Catherine ; sans doute vous lui conseillez d’abandonner son enfant, c’est dans vos théories ?

Elle se croisait les bras, dévisageait en plein Chaupillard, cherchait à droite, à gauche, avec menace.

En un instant, Chaupillard connut pour la première fois « l’élan féminin ». Il vit aux yeux de Marthe cette fulgurance qu’il croyait être une invention des feuilletonnistes, et l’impression devait lui rester, ineffaçable ; une lueur participant du soleil, de l’or, mais différente : la flamme unique de la passion. Et vraiment, cette femme, c’était son sang qui criait :

— Catherine et son enfant sont à nous, monsieur !

Alors il n’entendit pas le sens réel des mots, ou plutôt les mots ne produisirent pas l’effet qu’ils comportaient logiquement : sous leur cinglement, s’éveilla le fin fond de sa sensualité.

Il pâlissait, rougissait, tortillant le bout de sa moustache et il ne répondait pas, lui, l’intraitable Chaupillard, qui faisait taire tout le monde, et que ses amis n’osaient pas convaincre de médiocrité, quoiqu’ils fussent excédés de ses éternelles diatribes.

On aurait dit qu’il tenait à entendre toutes ses vérités :

— Parce que vous n’êtes pas capable de fournir une œuvre généreuse, faut-il dénigrer systématiquement ?

Et c’était que Marthe, dans son indignation, projetait son corps, sa bouche, sa poitrine, se portait d’une hanche sur l’autre, et alors les mots ne comptaient pas : Quoi ! une femme pouvait être si passionnée ! Il lui voyait des seins dressés, une fureur de chair, l’inexprimable ; et elle était jeune, à l’époque de sa perfection, et quelle intelligence audacieuse ! Alors, en un mot, cet égoïste — insensible au point de n’avoir que des désirs d’animalité — devenait avide de goûter à une palpitation pensante.

Ferdinand soulevait des gestes désolés. Marthe à bout de malédiction, lui lança :