— Comment ! Ferdinand, tu ne m’avais pas dit…

Puis elle se tourna vers Chaupillard, et donna libre cours à une magnifique colère de femme sincère, atteinte dans ses affections :

— Alors, monsieur Chaupillard, vous ne cherchez donc qu’à nuire ? Vous vouliez empêcher mon mari d’écrire son roman et, maintenant, vous vous attaquez à cette pauvre fille !

Elle agitait sa fleur, ayant l’air de la montrer, puis de la refuser.

Ferdinand, quoique animé contre Chaupillard, avait essayé d’intervenir :

— Ne te fâche pas, je vais t’expliquer…

Il s’était levé vivement, ému de sentir que Marthe irait trop loin ; mais il ne put l’arrêter :

— Parce que le public n’a témoigné que de l’indifférence à votre chétif talent, vous êtes aigri, jaloux…

Chaupillard, cloué sur son siège, exhalait et rentrait alternativement un sourire grimaçant, mais surtout il regardait avec stupéfaction. La plus extraordinaire révélation le frappait, à le rendre stupide. Jusqu’alors, il n’avait pas considéré Marthe « en son sexe » : peuh ! une ménagère si effacée, si terne. Et non seulement il découvrait que Marthe était une femme énergique, mais voilà que, sous certains rapports, c’était comme s’il n’avait pas encore vu de vraie femme !

Avec la volubilité d’une personne qui s’est maîtrisée trop longtemps, Marthe continuait :