Par exemple, il ne se passait guère de semaine sans qu’on eût la visite fâcheuse de Chaupillard, rue Saussure.

Albert et Georges rapportaient à la croissance du roman leurs propres espérances confondues avec la « surprise pour Catherine » ; sans l’autorisation d’aucune promesse, ils pensaient : « On s’amusera mieux, on sortira quand papa aura fini… nous aurons une montre, une bicyclette… » Aussi, avertis par l’instinct, ils regardaient Chaupillard avec crainte et avec ennui, puis se retiraient dans leur chambre en faisant la moue.

Marthe et Ferdinand ajoutaient pareillement au bonheur de Catherine, par voie de conséquence, une foule de beaux projets personnels à réaliser « quand le roman serait fait » ; et l’apparition de Chaupillard leur produisait l’effet d’un mauvais présage.

Mais le monde littéraire en général bénéficiait de l’attachement de Marthe pour son mari, et elle excusait elle-même la longanimité de Ferdinand : Chaupillard faisait partie d’un groupe, avec Griffon, Jeannin, Ribérol, etc., comment exclure l’un et retenir les autres ?

Chaupillard n’attaquait plus directement le travail de Ferdinand ; il déblatérait tout autour, il décourageait par mesure générale.

— Vous voyez, le livre de Jeannin se vend mal, personne n’en parle ; le mien a subi la même conspiration. Les imbéciles seront toujours les plus forts ; le mieux est de se croiser les bras devant leur grouillement.

Mais la pire contrariété venait de ce qu’il persistait à s’occuper de Catherine.

Avant la rupture avec la jeune épistolière, un soir, vers neuf heures, Chaupillard était monté pour la malice de déranger un peu Ferdinand qui tenait à travailler après dîner.

— J’aime à m’asseoir dans le fauteuil du maître, dit-il avec sa gaieté suspecte. Eh bien, mon cher, je l’ai vue de nouveau votre fameuse Catherine…

La porte du salon ouverte, Marthe, dans la salle à manger, partageait en deux un bouquet ; elle arriva précipitamment, une branche à la main, vers son mari :