— Puisque je viens de te révéler ma secrète correspondance, dit Ferdinand, je peux bien compléter la confession : figure-toi que Catherine est menacée de la sollicitude de Chaupillard…

Au premier mot, Griffon s’emballa presque autant que Marthe :

— Tu connaissais bien le personnage ! Pourquoi le tenter ? Tu as commis une mauvaise action…

— Eh ! je n’ai pas pensé si loin, j’ai raconté le sujet de mon roman, s’excusa Ferdinand.

— Ton inconséquence me révolte ! foudroya Griffon, malgré vos cachotteries, à toi et à ta femme, je sais bien qu’une part est réservée à Catherine dans vos projets : vous aurez le roman, il faudra qu’elle ait sa joie aussi… Eh bien, d’un côté, tu veux la combler de générosité, d’un autre côté, tu l’exposes aux pires dangers.

La dérision fut entière : Ferdinand, qui ne s’était pas brouillé avec Chaupillard, se fâcha pendant un moment avec Griffon. Ils s’attrapaient face à face : Griffon plus grand assénait son indignation en baissant la tête, Ferdinand lançait sa réplique en hauteur. On pouvait les prendre pour deux de ces associés louches qui opèrent par la poste et se querellent au moment du partage.

— Parbleu ! dégageait Griffon avec véhémence, j’en conviens : c’est une excellente besogne préparatoire que de raconter son sujet ; tu ne négliges aucun moyen. Mais il y a tout de même des limites à la manie artistique.

Un monsieur correct, de profession indéfinissable, qui feignait d’étudier l’imprimé d’un télégramme, s’approcha de façon à saisir la conversation.

— Voilà que tu t’en mêles, toi aussi ! ripostait Ferdinand outré. Dire que l’ensemble des gens et des choses est hostile à mon travail ! toi-même, tu ne peux pas faire exception !

Ce fut une vraie dispute.