—Le lâche! Il est poursuivi, je l'accueille; il est condamné à mort, je le sauve; il a faim, je le nourris; et pour récompense... voilà ma récompense.—Le tuer!—ce n'est pas assez.
Et si je le dénonçais!
Un rayon de joie passa dans les yeux de Maurice.
—Oui! le dénoncer. Je vais à Paris; j'y serai au jour; je le dénonce. Consolante idée!—L'hospitalité? dira-t-on.—Et l'adultère? répondra-t-on.—C'est vil, la délation; c'est donc beau ce qu'il fait?
Maurice entend un éclat de rire dans le pavillon. Il arme ses pistolets.
—Mais pourquoi aller à Paris, si loin? La gendarmerie est à ma porte, le maire à deux pas. Dans dix minutes je puis le faire arrêter; dans une heure il sera sur la route de Paris, enchaîné, demain à la conciergerie du Palais; c'est cela!
Maurice regagne l'escalier, en franchit d'un trait les marches. A la dernière, une crainte le frappe.
—Que dire à Victor? Il voudra savoir, il faudra lui dire... longs et écrasants détails! Et que répondre à l'autorité, qui ne me tiendra pas quitte de ma déclaration si je cours le dénoncer, quand elle me demandera comment et pourquoi je fais saisir un homme que j'ai reçu chez moi, que j'ai moi-même caché? Oh! non, je ne sortirai jamais de cet inextricable mélange de ténèbres et de délation! Odieux ou ridicule. Voilà! l'un et l'autre, peut-être. Faut-il donc se laisser faire?
Et Victor qui attend, qui s'impatiente, qui va venir! Il ne manque plus qu'un témoin à cette scène de famille. Mon Dieu, tout mon sang pour une résolution!
Des rires plus insolents montent du caveau; la porte souterraine du caveau s'ouvre.