Maurice écoute de toute l'exaltation de son âme: le bruit cesse; la porte est refermée; il redescend. Malheur à qui se rencontrera sur son passage!—elle ou lui!
Rien sur son passage; même silence autour de lui; mêmes ombres grotesques derrière les implacables carreaux.
Ses pieds s'embarrassent, il se baisse et ramasse un habit: il est déjà là-haut.
Cet habit est celui d'Édouard.—Il le reconnaît bien. Que veut dire ce vêtement jeté avec des éclats de rire?—En sont-ils maintenant à l'orgie?
—Les dénoncer? non!—Mais... Et il exhale un soupir de victoire.—Puis il rit comme un malade dans ses rêves,—mais...
Et Maurice s'empare de ce qu'il trouve à sa portée: de deux montres en diamants, de la bourse de sa femme, de deux bagues—et il les glisse dans les poches de l'habit d'Édouard.
Maintenant, dit-il, c'est un voleur. Je ne suis plus un dénonciateur:—je suis un volé. Je cours à la gendarmerie; on m'a volé. Oui! et le voleur c'est Édouard, cet habit le condamnera. Que répondra-t-il? Qu'il se nomme:—et son nom seul le dénonce. Qu'il taise sa famille:—et il est condamné comme voleur!—Comme voleur!
Je puis descendre à présent; tout apprendre à Victor.—Édouard m'a fait infâme; je le rends infâme. Il a écrit en secret le déshonneur à mon front; en m'abaissant, je le lui marque publiquement à l'épaule.
Maurice touche au seuil de la porte du jardin. Il a sur les lèvres ce cri:—Victor, à moi! j'ai surpris un voleur dans mon appartement!
Une pensée le glace. J'ai cent mille francs à Édouard déposés chez moi; à quel tribunal stupide ferai-je jamais croire qu'un jeune homme si riche m'a volé de semblables misères? et si le vol est prouvé sans qu'on y croie, tout sera découvert!—alors ma vengeance reste ignoble, inutile et petite.