—C'est faux, Bohémienne! Je te couperai la langue.

—Charmante! Ce n'est pas ma langue qui a menti, c'est ta main; elle est trop jolie pour qu'on la coupe.

Et en la lui baisant, la Bohémienne ajouta:—Calme-toi. J'ai dit: Deux hommes; il y a erreur. Soit, tu n'en aimes qu'un, tu trompes l'autre. L'oracle est-il si menteur pour cela!

—C'est encore faux?

—Veux-tu n'aimer ni l'un ni l'autre? très-bien: passe!

Des applaudissements ricaneurs accompagnèrent la danseuse basque jusqu'à sa place; elle était très-peu satisfaite de l'oracle.

Édouard eut sous son masque un sourire d'amère pitié pour cette malignité des femmes qui ne pardonne à rien. Il était loin de partager l'enthousiasme qu'éprouvait la majorité de la salle à écouter Léonide. A l'empressement qu'on apportait à encourager l'ivresse de ses propos, il jugea que la médisance mourrait si personne n'y prêtait complaisamment l'oreille. Édouard n'est pas profond moraliste: il oublie que l'éloge n'est possible qu'aux conditions d'existence de la calomnie.

—Serai-je plus heureuse, moi? balbutia une toute petite charmante femme déguisée en mère Gigogne, que son cavalier, grotesque pierrot, déposa dans le champ de l'oracle, ainsi qu'on le ferait du gracieux fardeau d'un enfant.—Lis dans ma main, Bohémienne!

—Dans ta main? répondit Léonide en rejetant la tête en arrière et en riant follement aux éclats; oh! dans ta main!

—Pourquoi pas dans ma main, Bohémienne?