—Je tiens à vous voir toujours bonne, et c'est moi que j'accuse lorsque votre charmant naturel disparaît, comme dans ce moment-ci. Exigez de moi toute autre chose, mettez à l'épreuve ma générosité, mon dévouement à vos plus légers caprices, mon obéissance à vos ordres les plus difficiles, et je vous promets, si vous n'êtes pas satisfaite sur-le-champ, de m'accabler de cette moue tout à votre aise.
—Très-bien, monsieur; vous mettez à ma disposition ce que je ne souhaite pas, pour vous dispenser de m'accorder ce que je désire, ce que je désirais tout à l'heure: entendons-nous. On ne saurait être plus magnifique à bon marché. «Ne regarde pas tant cette étoile, car il n'est pas en mon pouvoir de te la donner.» Le mari qui usa de cette fade courtoisie, prévoyait que sa femme allait lui demander une voiture: il changea la question.
—En voudriez-vous une?
—Qu'ai-je dit? vous m'offrez une voiture parce que je vous ai demandé le motif qui a amené une jeune paysanne dans votre cabinet. Beau secret, pour s'en tourmenter, ma foi!
—Permettez, Léonide, mais ce mot est ma justification prononcée par votre bouche. Ma fortune est à vous; mais le secret des autres, non, puisqu'il n'est pas à moi.
—C'est donc un secret? repartit Léonide avec un étonnement presque sincère.
—Ou plutôt une confidence, Léonide; c'est peu grave, mais cela doit être tenu caché.
—Vous voilà donc le confesseur des jeunes fermières du pays? Vous ne laisserez bientôt rien à faire à monsieur le curé. Les femmes mariées appartiennent-elles également à votre circonscription morale? Et quand vous rencontrez les maris, vos paroles sont-elles verrouillées avec eux comme avec moi?
Ces derniers mots ne permirent plus à Maurice de douter que sa femme était au courant d'une visite qu'il avait reçue quelques jours auparavant, et que, pour tout au monde, il eût voulu tenir cachée. Il affecta cependant de suivre le fil du propos.
—Votre raillerie est presque une vérité, Léonide. Ma condition, trop peu comprise par vous jusqu'à présent, est toute de discrétion. Je ne suis pas coupable du tort qu'on fait au confessionnal en déposant dans mon cabinet les actes de la conscience; mais je dois, digne ou non des attributs de ma charge, la remplir avec rigueur.