—Quel air sévère vous prenez, monsieur! bientôt ce sera à mon tour de vous dire: Quittez cette moue dont vous m'accablez,—car vous m'accablez!—Croyez-le, je respecte fort les priviléges de votre charge, mais je suis bien peu rassurée par vous sur les graves exigences qu'elle impose. Vous riiez fort, ce me semble, lorsque, au sortir de votre conversation privée avec la jeune fermière, vous vous êtes mis hier à table?

—C'est que le conseil qu'elle est venue chercher avait apparemment son côté plaisant.

—Ah! vous donnez aussi des conseils. Je le présumais fort, sans en avoir la certitude. Je crois même qu'on vient d'assez loin en solliciter chez vous. Après les confesseurs, allez-vous ruiner les avocats? Je ne pensais pas qu'un notaire...

—Fût à la fois un avocat et un confesseur, n'est-ce pas, Léonide? cela est ainsi pourtant: c'est à notre défaut que les avocats vivent. Quand l'accord est impossible chez le notaire, l'office de l'avocat commence: nous sommes les bons génies des affaires; eux en sont les mauvais.

—N'y a-t-il pas encore de saints parmi les notaires?

—Non, Léonide, car je n'en connais pas qui résistassent à la séduction de deux beaux yeux.

Maurice baisa la main de Léonide.

—Songiez-vous à nous, ma bonne amie, il n'y a qu'un instant, lorsque vous me demandiez les secrets de mon cabinet? Vous êtes-vous figuré, non, cela n'est pas possible, l'affreuse position dans laquelle nous placerait celui qui, familier à notre intérieur, divulguerait ce qu'il couvre de son ombre et de son silence? L'immoralité que vous exécreriez alors chez un autre, la professerons-nous à notre avantage, sans trembler devant des représailles? Vous êtes-vous représenté une délation?

—Assez, Maurice... ce serait être trop cruellement puni. Parlez bas: vous faites penser à des choses qui révoltent. J'ai peine à croire que tous les malheurs causés à vos affaires par une imprudence de mes paroles égalassent jamais la douleur où une délation nous plongerait.

—Une délation!